Au nom de la démocratie

Publié le par JSS

Hitler fut élu démocratiquement, Staline aussi, Thatcher et Bush également sans oublier Mitterrand, Chirac. Ignorons les gardes chiourmes des Etats africains...

Chacune de ces personnalités s’est présentée, lors de la campagne électorale, avec une besace pleine de promesses. Leur peuple crut en celles-ci. Une fois urnes fermées, les lendemains électoraux sont souvent sujets de frustrations à cause des promesses non tenues. Parfois, les peuples sont amenés à sortir dans les rues pour en chasser certains élus. Les exemples ne manquent pas dans l’histoire des sociétés. En France, après la première élection de Jacques Chirac, la fracture sociale, mot de campagne, fut oublié. Les Français lancèrent une immense grève qui emporta le gouvernement Juppé.
Récemment, ce fut la Révolution du Velours en Tchécoslovaquie. Le 17 novembre 1989, le régime communiste réprime violemment une manifestation d’étudiants à l’occasion du 50ème anniversaire de la fermeture des universités tchèques par les nazis. En signe de protestation, la population sort dans les rues. C’est le début de la fin d’un régime communiste épuisé et lessivé par une fausse idéologie. De manifestations en grèves, le peuple tchèque s’octroie la Révolution de Velours après le rétablissement de la pluralité politique qui donna des élections libres.
Václav Havel, qui avait mené les négociations avec les communistes, fut élu Président de la République tchèque, le 29 décembre 1989.
C’est justement la promesse manquée des hommes politique qui constitue l’essence de la démocratie, car elle oblige les peuples à renégocier leur choix avec leurs représentations.

Souvent aussi, au nom de la démocratie, l’humanité s’est bâtie par et sur du sang et des horreurs qui ont permis aux Hommes de réfléchir sur leurs conditions d’existence. Elle leur permet d’orienter la marche de l’histoire qui a rendu des nations fortes à base démocratie. Mais elles sont en permanence à surveiller, à renforcer afin de répondre à l’aspiration des peuples en perpétuelle mutation. C’est pourquoi, j’affirme qu’il n’existe pas de modèle démocratique dans la mesure où l’évolution des sociétés n’est pas la même partout dans le monde. Qu’elle le serait, les animateurs n’ont pas la même culture et les populations n’expriment pas les mêmes besoins. Ainsi chaque peuple fait sa propre histoire en concevant le mode de vie, les conditions de satisfaction de la gestion sociétale et donc en façonnant sa démocratie. Sans cela, la pensée unique aurait dominé l’humanité. Et dans ce cas, il n’y aurait pas eu de souveraineté des nations. Apparemment cette lecture de l’histoire semble échapper à bon nombre de mes compatriotes qui, au nom de la démocratie, veulent galvauder la transition en cours au pays. A telle enseigne qu’ils incitent à visiter le parcours d’autres peuples.
Au XIXème, l’antisémitisme prend une tournure plus dangereuse en Europe. Alors que les Juifs sont devenus citoyens français en 1791, certains catholiques et toute la droite leur reprochaient d'être trop fidèles à la République. Des journaux contre les Juifs furent publiés, en particulier par Drumont.

Que reprochait-on alors aux Juifs? S’ils étaient :
Riches, c’étaient des "profiteurs" "qui aiment l'argent" et dépouillent les Chrétiens, selon leurs détracteurs
Pauvres, ils étaient considérés comme des "parasites", et qualifiés de "sales, pouilleux..."
Patrons : c’étaient des capitalistes qui exploitent le peuple
Révolutionnaires et anticapitalistes : ils étaient perçus comme des organisateurs de révolution qui sèment le trouble. C’est dans ce climat nauséabond de suspicion qu’intervient l’affaire Dreyfus, en1895 en France.
En effet, un capitaine de l'armée française, Alfred Dreyfus, est accusé d'espionnage. Il est Juif donc coupable. L'armée refusera pendant des années de reconnaître son innocence, allant jusqu'à faire relâcher le véritable coupable et fabriquer de fausses preuves contre lui. Il y eut aussi un combat courageux des "dreyfusards". Dreyfus sera innocenté au début du XXe siècle, mais le mal était fait.
Hitler va donc reprendre cet antisémitisme et lui ajouter des théories farfelues et fumeuses, qualifiées de "scientifiques." Elles proclamaient la supériorité d’une certaine « race aryenne » (avec les Allemands au dessus de tout le monde entier) sur la « race juive ».
Voilà les racines du nazisme qui va exterminer une bonne partie des Juifs et provoquer deux guerres mondiales. Ce fut le fait d’un élu démocratique.
Joseph Vissarionovitch Djougachvili Staline, doté d’une réputation d’homme médiocre et peu cultivé, fut pourtant le modernisateur de l’URSS. En dépit de la terreur généralisée qu’il instaura dans son pays, il est resté aux yeux de son peuple le gardien du marxisme-léninisme face aux élites intellectuelles...
Ariel Sharon (né Ariel Scheinermann), simple ministre de la défense, s’exprima démocratiquement dans deux camps de réfugiés palestiniens : Sabra et Chatila. Malgré ce massacre, ses défenseurs louent son « pragmatisme» et sa stature de « grand homme d'État», tandis que les critiques qui lui sont destinées évoquent sa « logique de guerre » et les crimes qui lui sont « attribués ».
Margaret Thatcher, "la dame de Fer", se décida démocratiquement à démontrer que l'Angleterre, n’avait pas enterré son credo :"Britannia rules the waves". Elle le raviva loin, très loin de la terre britannique en Argentine dans l’archipel des Malouines. Il y a vingt sept ans, de cela. Encore une fois au nom de la démocratie, l'Angleterre entreprit cette opération militaire.
François Mitterrand n’eut cure d’envoyer des gendarmes de la République française en Nouvelle Calédonie dans le « jardin » des indépendantistes Kanak à l’Ouvéa. L'assaut donné par l'armée française le 5 mai 1988 s'était soldé par la mort de dix neuf kanaks (Chiffre officiel), mais dans quelles conditions ? Toujours au nom de la démocratie, on tua !

Georges Bush, ce 43ème président de la première puissance mondiale, usa de la démocratie pour tromper le monde entier devant l’assemblée de l’ONU. Il fit ainsi un mensonge démocratique qui lui permit de mettre à sac, à feu et à sang l’Irak de Saddam Hussein lequel finira au bout d’une corde également démocratique. Sous son règne, le terrorisme a prospéré et l’équilibre mondial s’est fragilisé.

Ces quelques exemples pour dire à mes compatriotes que la démocratie est un idéal. Il n’a pas de modèle. Chaque société humaine aspire vers ce point de mire sans que les générations l’atteignent parfaitement et pleinement. Ce sont ce rêve, et cette utopie qui donnent la force aux stratèges politiques de confiner la majorité dans cette fiction bien attirante. Elle est au service des puissances économiques si bien que nous, Africains oublions généralement que notre continent a produit de grandes civilisations nourries de démocraties. Ces civilisations ont donné de courageux rois tel que Moussa 1er qui découvrit l’Amérique, le premier même si ses traces ont été vite effacées au profit d’un certain Christophe Colombe.

Voilà des Guinéens s’inscrivant dans une démarche, on ne peut similaire à celle qui fut appliquée aux Juifs. Au sujet de Dadis et ses compagnons, ils distillent, ici et là, des mensonges, propagent l’ethnicisme, font l’éloge de la vanité « intellectuelle » pour leur dénier toutes qualités sauf l’incompétence. Pourtant, nous avons tous à gagner en mettant, en cette phase de notre évolution, notre intelligence, notre génie et nos compétences, ensemble, pour aider la Guinée. Si les nouveaux tenants du pouvoir échouent, c’est la Guinée qui perd, et avec elle, tous les Guinéens. L’expérience du demi-siècle passé devait nous éclairer et substantifier autrement notre réflexion sur le nouveau destin à écrire.
Pendant cinquante ans, il y a eu des opposants carriéristes. Leur moisson, en matière de changement, a été insignifiante sinon qu’elle a aidé les deux dictatures dans leurs crimes. Cela n’ayant rien apporté de positif au pays, une autre stratégie ne serait-elle pas à expérimenter ? Celle-ci consistera, par exemple, à additionner nos expériences diverses et variées pour servir le pays parce qu’il n’est ni la propriété du CNDD, ni d’un quelconque groupe, mais le bien à tous les Guinéens. Cela est encore possible, si nous acceptons de créer l’espace nécessaire et les conditions favorables.
Les jeunes patriotes ont jusqu’à présent prouver qu’ils veulent remettre le pays sur le droit chemin. Les Guinéens qui vivent leur gestion au quotidien, même altérée de couacs et erreurs de parcours, sont majoritaires à reconnaître l’aspect positif de l’effort fourni.
Que voulons-nous alors de la Guinée ou pour elle, chers compatriotes ?
La démocratie ?
Elle n’est pas une marchandise que l’on importe dans un pays ! Il n’existe pas non plus de modèle à plaquer à l’évolution des peuples et des sociétés.
La démocratie est d’une époque et surtout l’œuvre de toutes les composantes sinon de la majorité de citoyens d’un pays qui marche en convergeant vers un idéal, un objectif.
Pourquoi certains pensent-ils que la démocratie est seulement intellectuelle et civile ?
La démocratie s’enracine dans l’amour de la patrie accompagnée de l’adhésion de la majorité au principal pouvoir avant toutes autres considérations. C’est pourquoi, le CNDD doit légitimer son pouvoir en créant les conditions d’épanouissement de chaque citoyen guinéen à travers le travail. Celui-ci viendra du lancement des grands chantiers devant relever la Guinée. De l’abondance, qui en découlera, naîtra la liberté qui produira la démocratie guinéenne parce que l’homme qui a faim ne sera jamais libre et ne saura porter un choix libre pour qualifier son destin meilleur.
Jacques Kourouma

Publié dans Tribune Libre

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