Après la carotte, le bâton

Publié le par JSS

À trois jours d’une rencontre à Genève avec le groupe dit "5+1", les Gardiens de la révolution ont lancé un Shahab III à l’occasion de manoeuvres militaires qui se sont  déroulés sur fond de tension croissante avec les Occidentaux à propos du programme nucléaire iranien. La révélation, la semaine dernière, de la construction d’une seconde usine d’enrichissement de l’uranium près de la ville sainte de Qom a amené le président américain Barack Obama à durcir le ton, menaçant la République islamique de "sanctions qui font mal" en cas d’échec du dialogue.

La question des ambitions nucléaires iraniennes s'est imposée depuis le 25 septembre au  G20 à Pittsburgh de manière spectaculaire. Barack Obama, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown ont annoncé, solennels, face aux caméras, avoir découvert un nouveau site secret d'enrichissement de l'uranium, près de Qom en Iran.

Accusant Téhéran de «violer les règles que toutes les nations doivent suivre», le président américain a appelé les Iraniens à cesser sur le champ leurs activités qui posent un «défi direct» à la communauté internationale. «Ce deuxième site est incompatible» avec le caractère civil du programme nucléaire revendiqué par Téhéran, a-t-il précisé, demandant à l'AIEA d'«enquêter immédiatement». Le président français a parlé de décembre 2009 comme d'une date butoir pour décider de nouvelles «sanctions», en cas d'échec des pourparlers avec les Iraniens. Selon les délégations françaises et américaines au G20, ce programme clandestin, «en route depuis plusieurs années», est en violation de tous les engagements internationaux de l'Iran et de toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU.

La politique de la main tendue de Barack Obama envers l’Iran semble donc de moins en moins efficace. Les Etats-Unis sont plus sceptiques qu’auparavant sur la possibilité que le dialogue diplomatique, aboutira lors de  la réunion du 1er octobre à Genève avec le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et l'Allemagne). L’Iran ne pourra échapper cette fois à une nouvelle vague de sanctions.

L’Iran a, aussi loin qu’on y revienne, refusé même de donner son consentement pour diminuer les activités de l’enrichissement de l’uranium , ce qui risque d’accélérer le compte à rebours : la réévaluation sera effectuée plus tôt que prévu, et ces sanctions pourraient également commencer plus tôt que prévue ( décembre 2009) . Les Etats-Unis sont tout à fait avertis que l’Iran progresse, et qu’au milieu de l’année 2010, il sera capable de franchir un nouveau seuil critique, celui d’être en capacité de procéder, pour la première fois, à un essai nucléaire.

L’administration Obama a musclé aussi son langage pour soutenir la condamnation internationale du programme caché de l’Iran de bombe nucléaire et la menace de sanctions.

La communauté internationale va entamer à partir du premier Octobre 2009 un débat  approfondi avec  l’Iran. Ces pourparlers visent à résoudre la crise nucléaire, bien que les espoirs de toute implication constructive aient diminué depuis la révélation, la semaine dernière, de la construction d’une seconde usine d’enrichissement de l’uranium près de la ville sainte de Qom. Ces espoirs sont aussi devenus minces après la série de manoeuvres militaires qui se sont  déroulés. Le régime iranien est devenu infréquentable même aux yeux de sa propre population depuis le lancement, par le régime, de la répression contre les protestataires réformistes, après les élections présidentielles controversées de juin.

Pour le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et l'Allemagne), la réunion de premier Octobre sera la réunion de la dernière  chance. Les Américains ont affirmé qu’ils attendent une réponse iranienne à toutes les questions relatives au programme du nucléaire iranien. En l’absence d’une réponse satisfaisante, les Etats-Unis tâcheront de former une coalition internationale pour la mise en place de sanctions sévères contre l’Iran.

Si Téhéran se refuse de clarifier  ses projets nucléaires à Genève, Washington se donnera alors pour objectif de constituer une coalition internationale déterminée à imposer des sanctions sévères axées sur les produits pétroliers – un secteur sur lequel l’Iran est particulièrement vulnérable, puisqu’il doit envoyer tout son (pétrole) brut à l’étranger pour y être raffiné.

Malgré la pression exercée par les Etats-Unis et l’Union Européenne, Téhéran a refusé jusqu’ici de cesser son activité à Natanz ou de considérer de la ralentir dans le cadre du processus de négociation. Les partisans d’un embargo sur l’essence soutiennent que les sanctions devraient être la prochaine étape au cas où l’Iran persisterait dans cette voie.

Les experts pensent que les troubles de l’été ont rendu l’Iran particulièrement vulnérable aux sanctions. Elles impacteront également le Conseil des Gardiens de la Révolution, qui finance ses opérations en gérant un vaste conglomérat de compagnies internationales, plutôt qu’il ne dépend directement des coffres de l’Etat.

Les Américains ont en quelque sorte ouverte les yeux concernant la question iranienne, en particulier après les révélations sur une deuxième usine d’enrichissement d’uranium construite en secret par l’Iran sous une montagne près de Qom .Une découverte qui a suscitée cette semaine un tollé international. Les Américains sont de plus en plus conscients du temps perdu par l’Iran en réponse à toutes  les propositions de dialogue.

Suite aux essais de missiles de courte, moyenne et longue portée durant le week-end, les  américains vont  revoir  toute leur stratégie vis-à-vis de l´Iran. Ces essais sont de nature à créer un véritable rapprochement israélo américain concernant le nucléaire iranien et renforcer la détermination de Washington  à durcir dramatiquement les sanctions contre l’Iran.

L’équipe américaine, dirigée par le conseiller pour la Sécurité nationale, le général James Jones, a présenté depuis fin juillet 2009,  à ses interlocuteurs israéliens,  les idées de l’administration américaine pour de nouvelles sanctions contre Téhéran, au cas où le régime iranien n’accepterait de satisfaire ses obligations envers la communauté internationale .

Le gouvernement de Benjamin Netannyahou a salué récemment  le nouveau message, plus ferme, que sont venus lui présenter, il y a quelques jours, les principaux conseillers du président américain. Robert Gates n'ose même plus nier l'existence du nucléaire offensif iranien. Gates estime dans ses récentes déclarations que  « les Iraniens souhaitaient effectivement  se procurer l’arme nucléaire ».

Robert Gates, secrétaire à la défense, et le général Jim Jones, conseiller pour la sécurité nationale du chef de la Maison Blanche, ont indiqué que si Téhéran ne répond pas positivement aux exigences de  la communauté, au moment où se tient  la réunion à Genève avec le groupe dit "5+1", et si l’Iran persiste à poursuivre son programme nucléaire soupçonné de contenir un volet militaire, les Etats-Unis prendront l'initiative de réunir une coalition internationale pour imposer des sanctions beaucoup plus drastiques à l'Iran.

L’Etat hébreu compte aussi sur des sanctions aggravées frappant l’Iran. Grand exportateur de pétrole, ce pays importe paradoxalement 40% de ses carburants, et un embargo sur ces livraisons pourrait s’avérer fatal pour Ahmadinejad «plus affaibli qu’on ne le croit»,  selon Netanyahu.

La cible principale des nouvelles sanctions sera  donc le secteur iranien de l’énergie, l’idée étant de restreindre considérablement l’exportation de produits pétroliers vers l’Iran. En effet, bien qu’il dispose d’importantes réserves de pétrole brut, l’Iran reste très limitée en matière de capacités de raffinage, ce qui l’oblige à importer des produits pétroliers et notamment l’essence. Dans ce contexte, les Américains ont informé leurs interlocuteurs israéliens que la proposition de loi du sénateur Joe Liberman concernant les produits pétroliers sera bientôt achevée et que 67 sénateurs l’ont déjà signée. Au premier rang ses sanctions figure un dispositif pour empêcher Téhéran d'importer de l'essence. L’Iran consomme un demi million de barils de produits pétroliers par jour, dont 40 % sont importés, en raison de la vétusté des installations de raffinage.

Un blocus sur l'essence importée par Téhéran pourrait avoir des conséquences sociales et politiques. Dans un pays en proie à un climat  intérieur délétère, le pouvoir peut d'autant moins se risquer à infliger à la population un possible renchérissement du coût de la vie.

L’imposition d’un embargo international sur les ventes d’essence à l’Iran serait appliquée au cas où les responsables iraniens n’arriveraient pas avec un plan de négociation acceptable, au  groupe 5+1, qui se tient à Genève à partir  du premier Octobre. Le président français a parlé de décembre 2009 comme d'une date butoir pour décider de nouvelles «sanctions».C ‘est aussi la date limite fixée par la Maison Blanche pour une démarche constructive de la part de l’Iran.

L’Iran est un producteur majeur de pétrole. Il a extrait quelques 4,3 millions de barils par jour en 2008. Mais l’Iran est également un très gros consommateur de produits pétroliers. Cependant, son industrie pétrolière a une faiblesse structurelle importante : sa capacité de raffinage est trop réduite pour satisfaire les besoins du pays en essence. Par conséquent, l’Iran est obligé d’importer environ 40% des produits raffinés dont il a besoin. Les responsables du gouvernement iranien essayent de réduire cette dépendance par le biais du rationnement et d’autres mesures, mais ce pays reste très vulnérable à toute réduction des importations d’essence (1).

A Washington, nombreux sont ceux qui voient cette vulnérabilité iranienne comme une occasion de contraindre ce pays à abandonner son programme d’armement nucléaire.  

Les Etats-Unis souhaitent prendre également des sanctions financières comme l’interdiction d’établir des contrats d’assurance sur les transactions avec l’Iran, dans le but d’entraver son commerce extérieur, ou encore des sanctions contre toute entreprise qui traitera avec l’Iran. Selon le quotidien Haaretz, les représentants de M. Obama ont indiqué qu'ils réfléchissaient à une interdiction d'assurer les contrats commerciaux conclus avec l'Iran.

Pour être efficace, une interdiction sur l’essence nécessiterait l’approbation de la Russie, de la Chine, de l’Inde et d’autres puissances clés qui sont réticentes à l’idée d’imposer des sanctions sévères contre l’Iran. Ces pays commercent beaucoup avec l’Iran et ne mettront probablement pas en danger leur position bien établie là-bas, en se pliant à la mesure soutenue par les Etats-Unis. Une interdiction sur l’essence nécessité aussi un blocus naval dans le Golfe Persique et l’Océan Indien.

Des sanctions encore plus sévères pourraient être envisagées telle que l’interdiction aux bateaux iraniens d’ancrer dans les ports occidentaux, ce qui gênera beaucoup le commerce extérieur iranien puis, dans un stade ultérieur, l’interdiction aux avions iraniens d’atterrir aux aéroports occidentaux (2)

L'ensemble de ce dispositif va dans le sens de ce que souhaitaient l’ensemble des pays occidentaux. La possibilité de réunir une coalition internationale sur un catalogue de sanctions « renfoncés » entraînerait une fragilisation du régime de l’Iran. Faute de capacités de raffinage suffisante, l’Iran dépend des importations pour 40% de ses besoins en essence.

Le Secrétaire à la Défense,  Robert Gates , déclarait  le 27  juillet dernier que la bombe iranienne est « la plus grande menace actuelle à la sécurité mondiale ». Gates  a estimé que les sanctions seront plus durs sur Téhéran : « Si le processus de discussion ne réussit pas, les Etats Unis sont prêts à pousser à de nouvelles sanctions significatives ». Le 3 août dernier, Hillary Clinton a confirmé aussi qu’en « en l’absence de la moindre réponse positive du gouvernement iranien, la communauté internationale se concertera sur de nouvelle mesures, et sans doutes les nouvelles mesures comprendront-elles de nouvelles sanctions ».

Des parlementaires américains pressent aussi la Maison Blanche de viser les importations iraniennes de carburant si l’Iran poursuit sa production d’uranium enrichi, nécessaire à la fabrication de la bombe atomique.

La chancelière allemande Angela Merkel a envisagé  aussi des sanctions contre l’Iran dans le secteur de l’énergie en cas d’échec des discussions sur son programme nucléaire. Les services de renseignements allemands estiment que l'Iran possèdera une bombe atomique d'ici six mois car l’Iran est semble-t-il parvenu à maîtriser le processus d'enrichissement de l'uranium et il possède également les centrifugeuses ad hoc.

Le 25 août 2009, le Premier ministre britannique Gordon Brown et son homologue israélien Benjamin Netanyahu ont prévenu l’Iran qu’il ferait l’objet d’un durcissement des sanctions de l’Onu en l’absence de coopération de sa part sur son programme nucléaire. Brown a affirmé à ce propos "qu'il n'y a pas de place pour une telle menace dans un monde civilisé", et que "la Grande-Bretagne partage l'inquiétude d'Israël devant le développement de l'arme atomique par Téhéran (…) qui doit accepter la proposition du président américain de dialoguer ".

Lors de la traditionnelle Conférence des ambassadeurs, 27 août 2009, Nicolas Sarkozy a eu des mots très fermes contre Téhéran .Le Président français a menacé l'Iran « d'un renforcement très substantiel » des sanctions si aucun progrès n'est enregistré dans ce dossier lorsque la communauté internationale fera le point apres les réunions de Généve d'octobre 2009.

La présidence suédoise de l’UE a haussé aussi le ton le 3 septembre dernier  à l’égard de l’Iran, prévenant que l’Europe était prête à la "confrontation" sur le nucléaire et qualifiant de "provocation" la nomination d’Ahmad Vahidi, recherché par Interpol, comme ministre iranien de la Défense.

"S'ils sont prêts à discuter avec nous, nous le sommes", a souligné le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt en marge d'une réunion avec ses homologues européens à Stockholm. "Mais s'ils décident d'aller à la confrontation, la confrontation aura lieu", a-t-il dit à la presse.

Il est clair donc que l‘ensemble des pays  Occidentaux envisagent de nouvelles sanctions contre Téhéran si l'impasse persiste.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a demandé  le 27 Août dernier des "sanctions paralysantes" pour empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, au cours d'une visite à Berlin empreinte du souvenir de la Shoah. "Le temps presse", a-t-il déclaré. "L'Iran dit qu'il veut rayer mon pays de la carte du monde".  Il a poursuivit en disant que  "La chose la plus importante que nous puissions mettre en place sont des sanctions paralysantes. Il est possible d'exercer des pressions réelles sur le régime de Téhéran".

Le 14 septembre 2009, Benjamin Netanyahu a déclaré devant la Commission des Affaires étrangères et de la Sécurité de laKnesset, que la France, l'Allemagne, et la Grande Bretagne sont, selon lui, prêtes à durcir les mesures de répression envers l'Iran, suite aux "esquives" du régime des ayatollahs pour ne pas fournir de réponses sur son programme nucléaire. "Je pense que c'est le moment d'appliquer des punitions très dures à l'encontre de l'Iran. Car si ce temps n'est pas venu, quand le sera-t-il ? "  a demandé  Netanyahu.

" Des sanctions sévères peuvent être effectives. La communauté internationale est forte, et le régime iranien faible. La majorité (du peuple) exècre ce régime, et ne se resserrera pas autour de lui si les mesures de répression s'intensifient" a encore estimé le chef du gouvernement israélien.

Après la carotte, ce sera  le bâton pour l’Iran. Au cas où un embargo pétrolier international est décrété et respecté, Israël continuera  probablement à privilégier la voie diplomatique. Dans le cas contraire – sans se préoccuper des raisons d’un échec probable – l’Etat hébreu  lancera le compte à rebours de l’opération militaire. Le maintien  de la Russie et de la chine de leur  opposition au blocus pétrolier  ne contraindrait  pas Israël à l’action militaire.

Ne serait pas surpris si la rencontre à Genève,  groupe dit "5+1" échouera, Israël attaquait l’Iran avant la fin de cette année. C’est une lourde charge pour Israël, mais c’est nécessaire pour la survie de la seule démocratie Proche Orientale.

Ftouh Souhail, Tunis

Publié dans Tribune Libre

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andrew 01/10/2009 11:48



Mr Souhail ,merci de vos infos,et avis !