En Indonésie où fleurissent les mosquées, les haut-parleurs diffusant l'appel à la prière rivalisent d'énergie. Au point d'agacer les riverains et
de brouiller le message religieux, explique l'hebdomadaire Tempo de Jakarta.
A la fin avril, au lever et au coucher du soleil, la radio Prosalina de Jember, à l'est de Java, avait pris
l'habitude de diffuser l'enregistrement d'un adhan (appel à la prière) importé du Qatar. Comme le veut la coutume, les petites mosquées de cette région, branchées sur cette radio, le
relayaient via leurs haut-parleurs. Mais contrairement à l'adhan local chanté sur un ton flottant, celui made in Qatar sonnait comme des coups de marteau. Pour Nyonya Suyono,
35 ans, une femme au foyer de Karangrejo, cet adhan n'était "pas agréable à l'oreille". Il provoquait même un effet redoutable sur Hariyono, un habitant de Mangli :
"A l'entendre, je frissonnais comme au son de l'adhan psalmodié dans le trou de la tombe lorsqu'on enterre un corps." Les protestations ont afflué à Prosalina, et cet
adhan n'a tenu que deux semaines sur les ondes. En mai dernier, cette radio s'est remise à diffuser l'adhan d'un muezzin local.
L'adhan du Qatar n'avait, en soi, rien de mal : la prononciation était claire, la voix harmonieuse, les césures bien placées. Mais le maître Hamid Hasbullah, responsable du
pensionnat coranique Al-Ashar Muktisari, à Jember, rappelle que la fonction de l'adhan n'est pas simplement d'enjoindre les fidèles à la prière. Il doit correspondre à la sensibilité
auditive locale. Ce beau compromis avec la Prosalina est hélas unique. Selon Hamid, l'adhan est devenu un problème social. Les gens habitant autour des mosquées se disent incommodés
par le son criard ou par les haut-parleurs trop puissants.
Contrairement à l'Arabie Saoudite, en Indonésie, il est si facile de construire des mosquées qu'elles poussent comme des champignons pendant la mousson. Résultat : nombre d'entre
elles sont livrées à elles-mêmes, sans responsable ni imam attitré. Aucune qualification n'est requise pour être muezzin. Et cela a des répercussions sur l'adhan. Depuis
l'électrification des villages dans les années 1980, les haut-parleurs sont devenus des objets incontournables dans toute maison de prière. Dans la région de Tapal Kuda, à la frontière de
Java-Est, le son des haut-parleurs est devenu une véritable calamité, parce que, pratiquement tous les cent mètres, il y a un lieu de culte et, tous les kilomètres, une mosquée et un pensionnat
coranique. A l'heure de la prière, c'est à celui ou à celle qui criera le plus fort. "On se croirait dans un concours d'adhan", dit Hamid Hasbullah.
Il existe pourtant des réglementations pour l'adhan. Si, dans un même lieu, plusieurs établissements diffusent l'adhan, la solution est qu'ils le fassent à tour de rôle. Au
temps du prophète Mahomet, ses deux amis, Ibnu Makhtum et Bilal, prononçaient l'adhan en alternance dans les deux grandes mosquées de La Mecque. Ceci afin que toute personne qui
entende l'adhan puisse y répondre avec bonheur. Car répondre à l'adhan est considéré comme une bonne action permettant d'obtenir une récompense. Ne pas y répondre ne constitue
pas un péché. "Mais imaginez un peu la prise de tête quand l'adhan fuse de tous les côtés en même temps", commente Hamid Hasbullad.
En Arabie Saoudite, le ministre des Affaires islamiques a pris une décision radicale en ordonnant une razzia dans les mosquées d'Al-Bahah, dans la province du même nom. Des centaines
d'amplificateurs ont été saisis dans 43 mosquées, car ils étaient trop puissants et parasitaient les autres lieux de culte. Une solution peu envisageable en Indonésie. Ainsi Hamid
Hasbullah demande à l'Etat ou au Conseil des oulémas d'Indonésie de ne pas intervenir dans le problème de l'adhan comme le font les autorités saoudiennes. "C'est aux oulémas du
voisinage de trouver un compromis pour que les fidèles des autres religions ne sentent pas incommodés", précise-t-il.
(EN PHOTO: Une mosquée de style Russe en Indonésie)
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