Souvenons-nous, il y a 65 ans, la "Rafle d'Izieux"

Publié le par JSS

La maison des enfants d’Izieu (près de Lyon) 
http://verpelliere.free.fr/images/enfants_izieux.jpgAccablés par la défaite, préoccupés par les difficultés matérielles, les français ne réagissent guère, en 1940 - 1941, à la persécution anti-juive. Les Eglises demeurent silencieuses, les mouvements de Résistance encore inorganisés. 

Seules des oeuvres caritatives viennent en aide aux Juifs, et notamment aux internés des camps. Parmi celles-ci, l'Oeuvre de Secours aux Enfants (OSE), une organisation juive créée en Russie en 1912, se consacre à la libération des jeunes, sous la responsabilité d'Andrée Salomon et de Joseph Weill.

Avec le soutien du préfet de l'Hérault, M. Bénédetti, et de deux de ses collaborateurs, MM. Ernst et Frederici, et l'aide active de l'Abbé Prévost et du R.P. Chaillet, ces enfants sont accueillis à partir de 1941 dans le home ouvert par l'OSE à l'initiative de Sabine Zlatin à Palavas-Les-Flots.

Mais la situation se dégradant dans l'Hérault, Sabine et Miron Zlatin partent sur la demande du préfet, avec quelques enfants vers l'Ain, alors sous occupation italienne, et où les Juifs sont moins pourchassés.
Avec l'aide du sous-préfet de Belley, Pierre-Marcel Wiltzer, ils s'installent dans une grande maison à Izieu, petit village qui surplombe le Rhône à la limite de la Savoie et de l'Isère.

En quelques semaines, la vie s'organise. Mlle Cojean, secrétaire de la préfecture de l'Ain, veille à l'équipement matériel, que fournit le Secours National. Une institutrice, Gabrielle Perrier, aujourd'hui Mme Tardy, est nommée.

Les enfants, brutalement séparés de leur famille, orphelins d'un ou deux parents, dont beaucoup ont subi des mois d'internement, réapprennent petit à petit à rire, jouer, à croire en un avenir possible.

L'Italie capitule le 8 Septembre 1943. La Wehrmacht occupe les départements jusqu'alors sous autorité italienne. En février 1944, la Gestapo arrête le personnel employé au siège de l'OSE à Chambéry. Celle-ci décide de dissoudre au plus vite toutes les collectivités d'enfants. Sabine Zlatin, inquiète, multiplie les démarches pour cacher les enfants d'Izieu. Début avril 1944, elle se rend à Montpellier pour demander l'aide de l'Abbé Prévost. C'est là que la surprend la nouvelle de la rafle.


La rafle

http://www.bitsofnews.com/images/graphics/war/klaus_barbie.jpgLe 6 Avril 1944, alors que les enfants se préparent à prendre leur petit déjeuner, deux camions et une voiture de la Gestapo de Lyon - sur ordre de Klaus Barbie (en photo ci contre) - font irruption dans la cour et arrêtent brutalement toutes les personnes présentes. Seul Léon Reifman, arrivé quelques heures plus tôt, parvient à s'enfuir en sautant par une fenêtre. Les fermiers voisins, les Perticoz, l'aident ensuite à se cacher.

Envoyés à Drancy, 34 enfants et 4 adultes sont déportés à Auschwitz-Birkenau le 13 avril 1944 par le convoi n°71. A l'exception de Lea Feldblum, tous ont été gazés comme les 8 autres enfants partis dans les convois 72 (29 avril), 74 (20mai), 75 (30 mai) et 76 (30juin).

Miron Zlatin et les deux adolescents les plus âgés, Théo Reis (16 ans) et Arnold Hirsh (17 ans) sont déportés le 15 mai 44 par le convoi numéro 73, uniquement composé d'hommes dans la force de l'âge. C'est dans la forteresse de Tallin en Estonie, que les SS viennent les chercher pour les exécuter dans la forêt toute proche.

 


Ci-dessous, les vœux d'anniversaire adressés par un enfant à son frère.

"Cher frère,
Je te souhaite un bon et heureux anniversaire. J'espère que pour tes dix ans tu seras plus raisonnable et plus gentil. Je te fais ce dessin pour te rappeler ton frère garde-le toujours,
accroche-le au-dessus de ton lit. J'espère que bientôt la paix règnera et qu'on reverra papa et maman, et nos oncles et tantes et cousins..."


Les enfants disparus. 

Sami Adelsheimer, 5 ans.
Hans Ament, 10 ans
Nina Aronowicz, 12 ans
Max-Marcel Balsam, 12 ans
Jean-Paul Balsam, 10 ans
Esther Benassayag, 12 ans
Elie Benassayag, 10 ans
Jacob Benassayag, 8 ans
Jacques Benguigui, 12 ans
Richard Benguigui, 7 ans
Jean-Claude Benguigui, 5 ans
Barouk-Raoul Bentitou, 12 ans
 Majer Bulka, 13 ans
Albert Bulka, 4 ans
Lucienne Friedler, 5 ans
Egon Gamiel, 9 ans
Maurice Gerenstein, 13 ans
Liliane Gerenstein, 11 ans
Henri-Chaïm Goldberg, 13 ans
Joseph Goldberg, 12 ans
Mina Halaunbrenner, 8 ans
Claudine Halaunbrenner, 5 ans
Georges Halpern, 8 ans
Arnold Hirsch, 17 ans
Isidore Kargeman, 10 ans
Renate Krochmal, 8 ans
Liane Krochmal, 6 ans
Max Leiner, 8 ans
Claude Levan-Reifman, 10 ans
Fritz Loebmann, 15 ans
Alice-Jacqueline Luzgart, 10 ans
Paula Mermelstein, 10 ans
Marcel Mermelstein, 7 ans
Theodor Reis, 16 ans
Gilles Sadowski, 8 ans
Martha Spiegel, 10 ans
Senta Spiegel, 9 ans
Sigmund Springer, 8 ans
Sarah Szulklaper, 11 ans
Max Tetelbaum, 12 ans
Herman Tetelbaum, 10 ans
Charles Weltner, 9 ans
Otto Wertheimer, 12 ans
Emile Zuckerberg, 5 ans


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Publié dans Divers

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S
beaucoup d'émotion en revivant izieux, bravo j.s.s. j'ai connu cette maison, et le traumatisme à vie. continuez, j'attends vos articles tous les jours avec impatience
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G
Dans le même ordre lire la vie de Janusz Korczak et faire lire aux enfants "le roi Mathias 1er"
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G
Habitant dans la région, j'y passe chaque année avec une émotion désastreuse.
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A
merci pour cet article, il ne faut pas que le monde oublie ces enfants
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M
Et moi, j'invite tout le monde à aller visiter la maison qui est aujourd'hui un musée !!!
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