Mardi 28 juillet 2009
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Avant de lire le discours :
Ruhollâh Musawi, dit Khomeiny, du nom de sa ville d'origine (1902-1989) est
issu d'une famille de dignitaires religieux. Il accède lui-même au rang suprême d'ayatollah. Dès 1963, il s'illustre dans des prêches virulents contre l'œuvre de laïcisation et de modernisation
menée par le Shâh. En1964, il est chassé d'Iran et trouve refuge en Irak, puis en France. Il devient une figure dominante de l'opposition à la dynastie Pahlavi. En 1978 éclate la Révolution
iranienne, qui aboutit le 16 janvier 1979 à l'exil du Shâh. Le 1er février, Khomeiny fait un retour triomphal en Iran. Lorsqu'il descend de son avion Air France, plusieurs millions de
personnes l'attendent. Une véritable marée humaine se met en branle vers le «cimetière des martyrs» de Beheshte Zahra, où se dresse aujourd'hui son mausolée. C'est là qu'il prononce ce
discours.
«Aviez-vous sincèrement voté pour ces députés qui sont au Parlement en votre nom, en tant que vos
représentants ?» Voilà une phrase qu'on s'attendrait à trouver dans la bouche d'un Mir-Hossein Moussavi, candidat malheureux à l'élection présidentielle iranienne qui s'est tenue le 12 juin
dernier.Elle fut prononcée trente ans plus tôt par l'ayatollah Khomeiny, le jour même de son retour d'exil, le 1er février 1979.
ll est frappant de voir à quel point certains éléments de ce discours pourraient tout aussi bien s'appliquer à la
situation actuelle en Iran : l'ayatollah ne regrette-t-il pas le manque de liberté de parole qui a prévalu sous le Shâh ? D'autres éléments, en revanche, annoncent bien, à mots feutrés, les
aspects les plus charmants du futur régime théocratique : «Nous ne sommes pas contre la liberté des femmes, mais nous sommes contre la prostitution.» On sait ce qu'il en a
été.
Le discours de l'Ayatollah Khomeiny, le 1er février 1979. Un discours intitulé:
"La dynastie régnante est illégale!"
La dynastie des Pahlavi, dès le début, était irrégulière, illégale. L'assemblée constituante de la dynastie
Pahlavi a été créée à la pointe des baïonnettes. [...]
J'ai enduré beaucoup de peines, j'ai vu beaucoup de mal, je ne sais comment remercier ce peuple noble qui a tout
sacrifié pour sa révolution. Qu'a fait ce peuple pour endurer tant de peines, tant de sacrifices ?
Le règne de Mohammad-Rezâ était doublement illégal, puisque le règne de son père était illégal. Qui a donné le
droit à cette dynastie de prendre en main le sort de l'Iran ? Le peuple a donné son avis sur ce roi. Il a dit son mot. Il est simple : «Nous ne voulons pas de toi».
[...]
Aviez-vous sincèrement voté pour ces députés qui sont au Parlement en votre nom, en tant que vos représentants, ou
est-il vrai que vous ne les connaissiez même pas quand ils étaient élus ? Un tel Parlement n'est-il pas illégal ? Le Sénat est illégal. Le shâh est illégal. Le Parlement est
illégal.
Le Shâh s'est enfui après avoir fait faillite dans tous les domaines. Il a ruiné l'économie, l'industrie et
l'agriculture du pays pour enrichir l'Amérique. Il nous faudra vingt ans pour redresser ces secteurs. Et ce gouvernement qui se dit légal est, lui aussi, illégal. Il a ruiné l'homme iranien.
[...]
Il y a plus de bars et de débits de boissons à Téhéran que de librairies. Nous ne sommes pas contre le cinéma,
mais contre la pornographie. Nous ne sommes pas contre le modernisme, mais nous combattons ses aspects sauvages et immoraux. Nous ne sommes pas contre la télévision, le cinéma et la
modernisation, mais nous sommes contre l'impérialisme. Nous ne sommes pas contre la liberté des femmes, mais nous sommes contre la prostitution. Nous ne sommes pas contre la coopération avec
l'étranger, mais nous voulons être maîtres chez nous. [...]
Pendant plus de cinquante ans, le pays était étouffé. Personne n'avait le droit de parler contre le
régime.
C'est moi qui vais désormais nommer un gouvernement. Je frapperai à la figure du gouvernement actuel. Je ferai
passer tous ces gens en justice et les traduirai devant des tribunaux que je formerai. Ce monsieur (2) n'est accepté ni par ses anciens camarades [du Front national] ni par l'armée. Les
militaires le soutiennent seulement sur l'ordre des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Ce monsieur a dit qu'il ne peut y avoir deux gouvernements dans un pays. Eh bien ! à lui de partir,
et d'aller s'asseoir à sa place. [...]
Ce gouvernement, ce Parlement sont aussi illégaux. Tous ces gens doivent être jugés. Tant que nous existerons,
nous ne laisserons pas faire le régime actuel. Mohammad-Rezâ ne reviendra jamais. Puisque le peuple m'accepte, je désignerai un gouvernement. Puis le peuple élira une Assemblée
constituante.
(photo ci
contre, Khomeiny jeune) Que voulons-nous ? Une armée libre, fière, solide. Est-ce une raison pour tuer ceux
qui demandent l'indépendance et la fierté de l'armée ?
Nous voulons que vous soyez indépendants, monsieur le général. Monsieur le colonel, ne voulez-vous pas être
indépendant ? Ou préférez-vous être un valet ? Nous avons dit à votre place que nous ne voulions pas que l'armée soit dominée par les Américains, que nous voulions que vous soyez
maîtres chez vous et vous nous avez remerciés en faisant couler le sang. C'est pourquoi nous respectons et remercions les militaires qui ont rejoint les rangs du peuple et appelons ceux qui ne
l'ont pas encore fait à les imiter. Qui a dit que nous allions vous supprimer ? Nous voulons garder l'armée, mais une armée qui soit au service du peuple, pas des autres. Le pétrole iranien
est exporté pour construire des bases qu'utilise M. Carter et pour acheter des armes. Puis on nous dit que nos militaires ne sont pas capables de les utiliser et on nous impose des conseillers
américains !»
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