Avant de lire le discours:
Ce discours du général Dwight Eisenhower s’adresse aux forces armées alliées qui s’apprêtent à débarquer en
Normandie. Il est prononcé le 6 juin 1944. Ce jour-là, profitant d’une légère amélioration météorologique, il lance l’opération Overlord à 4 h 15 du matin. Le général informe ses militaires de la
tâche difficile qui les attend. Il leur faudra oublier les victoires obtenues par les Nazis en 1940-41 pour libérer les peuples d’Europe. Eisenhower, en signe d’encouragement, leur rappelle que
les forces allemandes ont été affaiblies récemment lors de grandes défaites. Le débarquement en Normandie sera un succès et constituera une étape décisive dans la libération des zones
occupées.
De Gaulle, prenant connaissance de ce discours, le trouva trop attentiste et s'indigna que son gouvernement
n'y soit pas nommé. En fait celui-ci n'est pas encore reconnu par les Etats-Unis qui hésitent à mettre provisoirement sous tutelle le territoire français libéré. Cette
éventualité ne sera définivement écartée qu'après l'insurrection et la libération de Paris (le 25 août 1944), à laquelle les Français ont pris une large part.
Le discours intégral de Dwight D. Eisenhower, le 6 juin 1944:
Les troupes des Forces Expéditionnaires Alliées ont débarqué sur les côtes de France. Ce débarquement fait partie
du plan concerté par les Nations unies, conjointement avec nos grands alliés Russes, pour la libération de l'Europe. C'est à vous tous que j'adresse ce message. Même si le premier assaut n'a pas
eu lieu sur votre territoire, l'heure de cette libération approche.
Tous les patriotes, hommes ou femmes, jeunes et vieux, ont un rôle à jouer dans notre marche vers la victoire
finale. Aux membres des mouvements de Résistance dirigés de l'intérieur ou de l'extérieur, je dis : «Suivez les instructions que vous avez reçues !». Aux patriotes qui ne sont point
membres de groupes de Résistance organisés je dis : «Continuez votre résistance auxiliaire, mais n'exposez pas vos vies inutilement : attendez l'heure où je vous donnerai le signal de
vous dresser et de frapper l'ennemi. Le jour viendra où j'aurai besoin de votre force unie». Jusqu'à ce jour, je compte sur vous pour vous plier à la dure obligation d'une discipline
impassible.
Citoyens
Français, je suis fier de commander une fois de plus les vaillants soldats de France. Luttant côte à côte avec leurs Alliés, ils s'apprêtent à prendre leur pleine part dans la libération de
leur Patrie natale.
Parce que le premier débarquement a eu lieu sur votre territoire, je répète pour vous, avec une insistance encore
plus grande, mon message aux peuples des autres pays occupés de l'Europe occidentale. Suivez les instructions de vos chefs. Un soulèvement prématuré de tous les Français risque de vous
empêcher, quand l'heure décisive aura sonné, de mieux servir encore votre pays. Ne vous énervez pas et restez en alerte.
Comme Commandant Suprême des Forces Expéditionnaires Alliées, j'ai le devoir et la responsabilité de prendre
toutes les mesures nécessaire à la conduite de la guerre. Je sais que je puis compter sur vous pour obéiraux ordres que je serai appelé à promulguer.
L'administration civile de la France doit effectivement être assurée par des Français. Chacun doit demeurer
à son poste, à moins qu'il ne reçoive des instructions contraires. Ceux qui ont fait cause commune avec l'ennemi et qui ont ainsi trahi leur patrie, seront révoqués. Quand la France sera libérée
de ses oppresseurs, vous choisirez vous-même vos représentants ainsi que le Gouvernement sous l'autorité duquel vous voudrez vivre.
Au cours de cette campagne qui a pour but l'écrasement définitif de l'ennemi, peut-être aurez-vous à subir
encore des pertes et des destructions. Mais si tragiques que soient ces épreuves, elles font partie du prix qu'exige la victoire. Je vous garantis que je ferai tout en mon pouvoir pour
atténuer vos épreuves. Je sais que je puis compter sur votre fermeté, qui n'est pas moins grande aujourd'hui que par le passé. Les héroïques exploits des Français qui ont continué la lutte contre
les Nazis et contre leurs satellites de Vichy, en France, en Italie et dans l'Empire français, ont été pour nous tous un modèle et une inspiration.
Ce débarquement ne fait que commencer la campagne d'Europe occidentale. Nous sommes à la veille de grandes
batailles. Je demande à tous les hommes qui aiment la liberté d'être des nôtres. Que rien n'ébranle votre foi. Rien non plus n'arrêtera nos coups. Ensemble, nous vaincrons.
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