Procès des barbares: "Fofana ne peut-être pardonné que par D.ieu, pas par les hommes"

Publié le par JSS

http://www1.alliancefr.com/bqimages/ilanh.jpgmardi:
Youssouf Fofana est resté terré toute la journée dans la souricière du palais de justice. Il a encore refusé de comparaître ce mardi. La présidente Nadia Ajjan a donc, comme la veille, envoyé un huissier pour constater en effet la volonté du principal accusé de ne pas assister à l'audience. Ainsi Fofana entend-il ne plus se défendre, depuis la récusation de son dernier avocat, maître Emmanuel Ludot.
La présidente a, comme la veille encore, passé outre le refus de Youssouf Fofana, et décidé de poursuivre l'audience. Des auditions et des lectures de rapports un peu techniques pour une journée d'audience où il ne s'est rien passé d'essentiel. Deux experts étaient présents à la barre en matinée, l'un pour les analyses génétiques, l'autre pour la recherche de traces papillaires. Sur la cassette audio remise dans une enveloppe au pressing, aucune trace exploitable n'a été retrouvée. Sur l'enveloppe, la recherche était aussi négative.
L'après-midi était consacrée, en l'absence de son auteur, à la lecture d'un rapport d'expertise vocale concernant les écoutes téléphoniques. Des analyses qui confondent Youssouf Fofana et dissèquent sa manière de parler, son ton, l'articulation, l'intelligibilité, élaborent un relevé détaillé du nombre de fois où il utilise les mots « chiens », « Ilan », « vie », « cons », etc.
Il a ensuite fallu un peu de temps à l'huissier pour brancher et faire fonctionner un lecteur de cassette audio. La cour a enfin pu écouter le contenu de la cassette déposée par Youssouf Fofana dans un pressing parisien. La voix d'Ilan Halimi, pour quelques poignées de secondes, a retenti dans la salle de la cour d'Assises. Il demandait de l'aide, il pleurait. Et il disait à sa mère qu'il l'aimait.

Lundi:

La Cour a écouté le rabbin Thierry Z. Celui auquel Youssouf Fofana téléphonait le 29 janvier 2006 au soir, de plusieurs cabines téléphoniques différentes situées sur le boulevard Raspail, après avoir trouvé ses coordonnées sur internet. Il lui laissait trois messages pour lui dire qu'il séquestrait alors un « juif », que le rabbin devait rapidement se connecter sur une adresse internet qu'il lui communiquait, qu'enfin il devait se rendre dans le 6ème arrondissement de Paris pour y récupérer un courrier laissé à son intention rue Sainte-http://s.tf1.fr/mmdia/i/01/8/tf1-lci-youssouf-fofana-le-chef-du-gang-des-barbares-lors-de-son-2318018_1378.jpgBeuve. Dans l'enveloppe, une cassette, sur laquelle était enregistrée la voix d'Ilan Halimi qui, en sanglots et à bout de force, évoquait les sévices qu'il subissait, et disait « ils m'ont tapé, ils m'ont mis un bâton dans les fesses ». Quant à la connexion internet qu'ordonnait Fofana, elle ne fonctionnait pas.

A ce rabbin venu témoigner, l'avocat général a demandé ce lundi comment « philosophiquement, dans la religion juive, appréhende-t-on le pardon ? » Thierry Z. a assuré que le pardon existe dans la tradition talmudique. Mais il a distingué plusieurs types de faute : Il y a celle de celui qui ne sait pas qu'il agit mal, mais qui en prend conscience et se repend rapidement, et pour lequel le pardon va de soi. Il y a celui qui agit mal en connaissance de cause  « parce qu'il est soumis à la tentation ». Son pardon réside dans un acte de repentir et dans cette certitude que « Dieu le soumettra à différentes épreuves dans la vie ». Enfin, il y a la faute de celui  qui nie en l'autre sa qualité même d'humain. Dans ce cas, il ne faut pas s'attendre à être traité comme un homme en retour. La personne fautive bénéficiera alors du pardon divin, par l'ultime épreuve, celle de la mort, seule rédemption possible. Youssouf Fofana se trouve dans ce dernier cas de figure, donc.

C'est ensuite le cousin d'Ilan Halimi qui est venu à la barre, Johann B. Lui avait reçu un appel anonyme le 31 janvier 2006 en fin d'après-midi d'un taxiphone du 12ème arrondissement de Paris. Une voix lui demandait de se rendre dans un pressing du 17ème arrondissement, où l'attendait une enveloppe, apparemment déposée par Youssouf Fofana lui-même. Des policiers avaient d'ailleurs contrôlé son identité ce jour-là, avenue des Ternes, avant de le laisser repartir. Dans l'enveloppe du pressing, les enquêteurs découvraient une nouvelle cassette audio accompagnée de la photo polaroïd, montrant Ilan Halimi en peignoir, les parties génitales à découvert, menotté, visage couvert de scotch. Sur la cassette, le jeune homme suppliait sa mère et son cousin de payer la rançon, sinon il serait tué.

L'enquête de police démontre que Youssouf Fofana avait sollicité deux filles pour apporter le fameux pli dans le pressing du 17ème arrondissement. Angélique R., la sœur de Jérôme R., et Betty B., une amie de cette dernière. Toutes deux ont refusé, et sont venues l'expliquer à la cour lundi. Angélique R. a raconté ce qu'elle avait déjà dit au juge en décembre 2007. Qu'elle avait été abordée dans la rue quand elle se dirigeait vers l'arrêt de bus. Youssouf Fofana était avec Yahia K. ce jour-là. Il voulait qu'elle dépose une cassette quelque part. Elle lui demandait pourquoi elle, et qu'y avait-il sur cette cassette. Youssouf Fofana lui aurait répondu que ce n'était rien, qu'elle ne s'inquiète pas, qu'il avait juste besoin d'une fille. Angélique R. aurait pu accepter si son bus n'était arrivé à ce moment là. Elle a refusé, expliquant donc qu'elle devait aller travailler. Fofana lui a demandé de lui trouver quelqu'un d'autre, une copine. Angélique R. a appelé Betty B., lui a demandé de descendre de chez elle. Betty B. a expliqué à la cour qu'elle avait à son tour refusé de prendre en charge le paquet.


Elsa Vigoureux

P.S : Ce procès se tient à huis-clos. Aussi ce blog est-il écrit à partir d'informations recueillies, entre autres sources, auprès de personnes qui assistent à l'audience, et dont, bien entendu, nous taisons les noms

Publié dans France

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