Petites leçons de géopolitique pour les écoliers Obama et Clinton

Publié le par JSS

La diplomatie américaine est bien trop molle pour que Washington parvienne à ses fins. Pour moi et en complet accord avec (notemment) le chroniqueur Thomas L. Friedman (New York Times), le président américain a tout intérêt de muscler son discours.
Depuis peu, je me dis que je pourrais ouvrir une nouvelle école de relations internationales afin de former les diplomates américains. Ce serait une école toute simple. Elle ne se composerait que d'une unique salle de classe, avec un bureau et une chaise. Derrière le bureau se tiendrait un professeur, qui jouerait le rôle d'un dirigeant étranger. L'étudiant devrait persuader le dirigeant étranger de faire quelque chose – d'actionner tel ou tel levier. A un moment donné, le dirigeant étranger hocherait vigoureusement la tête en signe d'approbation, puis se tournerait et actionnerait le levier en question, lequel lui resterait dans les mains. Ou bien il hocherait vigoureusement la tête et dirait : "Oui, oui, bien sûr, je vais tirer sur ce levier". Mais il se contenterait de faire semblant. Il incomberait alors à l'étudiant de trouver comment sortir de l'impasse…
Je me demande si le président Barack Obama et la secrétaire d'Etat Hillary Clinton ne sont pas un peu comme ces étudiants dans leurs relations avec les dirigeants du Pakistan, de l'Afghanistan, de l'Iran et de la Corée du Nord. Je dis cela non pour critiquer, mais plutôt pour leur manifester toute ma sympathie. L'époque que nous vivons n'est certes pas l'ère glorieuse de la diplomatie. Un secrétaire d'Etat ne peut faire aboutir des accords que si d'autres Etats ou parties y sont disposés, ou en mesure de les conclure. Du temps de la guerre froide, une période propice aux grandes puissances, marchandages ambitieux et Etats vassaux relativement solides, il était tout à fait possible d'y parvenir – que ce soit dans le domaine du contrôle des armements avec l'Union soviétique ou du maintien de la paix entre nos ennemis respectifs de par le monde. Mais nous sommes, de plus en plus, à l'ère des pirates, des Etats en déliquescence, des acteurs non étatiques et de construction nationale. Un terrain de jeu idéal pour les tireurs d'élite, les drones et les généraux, pas pour les diplomates.
D'où, aujourd'hui, ce côté déjà vu – et revu – de la politique étrangère américaine, ce sentiment que pour ce qui est de nos problèmes les plus graves (l'Afghanistan, le Pakistan, la Corée du Nord et l'Iran), nous tournons en rond, encore et encore, nous avalons encore et toujours les mêmes discours des mêmes gens, sans que rien ne change. Ceux qui ne sont pas en mesure de tenir leurs promesses, les responsables afghans et pakistanais, s'engagent à faire toutes sortes de choses très bien, d'activer tous les leviers que l'on veut, mais, au bout du compte, ils se retrouvent avec les leviers en question dans les mains parce que, dans ces pays, les autorités n'ont que fort peu de pouvoir. Ceux qui n'ont aucune intention de tenir leurs promesses, l'Iran et la Corée du Nord, nous répètent sans cesse : "Oui, il faut que nous discutions". Mais, en fin de compte, leurs relations hostiles avec l'Amérique ou l'Europe sont si essentielles à la stratégie de survie de leurs régimes, et, ils s'en servent tellement pour justifier leur maintien aux commandes de leurs pays, qu'il n'est pas dans leur intérêt de parvenir à une véritable réconciliation, mais seulement de prétendre le vouloir.
Seule une démonstration plus marquée de la puissance des Etats-Unis et de leurs alliés serait à même de modifier cette situation. Dans le cas de l'Afghanistan et du Pakistan, cette puissance devrait servir, en réalité, à reconstruire ces Etats de l'intérieur et en faire des pays modernes. Il nous faudrait littéralement créer les institutions, les poulies et les rouages, de sorte qu'au moment où les dirigeants de ces Etats les mettront en branle, il se passera vraiment quelque chose. Et dans le cas des Etats forts, comme l'Iran et la Corée du Nord, il nous faudrait exercer une pression extérieure nettement plus forte afin qu'ils adoptent un comportement correspondant à nos attentes. Toutefois, dans un cas comme dans l'autre, il faudrait, pour réussir, que les Etats-Unis investissent plus de temps, d'argent et de moyens – sans parler de leurs alliés.
Au lieu de cela, je crains fort que nous n'adoptions une stratégie intermédiaire, que nous ne fassions que ce qu'il faut pour éviter un effondrement, mais pas assez pour résoudre les problèmes. Si, en Afghanistan et au Pakistan, notre but est de construire des nations afin qu'elles se dotent de gouvernements modérés capables de survivre, nous n'avons clairement pas assez de troupes ou de ressources sur place pour résoudre les problèmes, voire éviter un effondrement. Si notre objectif est d'amener les régimes de Téhéran et de Pyongyang à changer de comportement, nous n'avons certainement pas exercé de pressions suffisantes de l'extérieur. Le tir de fusée nord-coréen et la poursuite par l'Iran du développement de ses capacités nucléaires en sont la preuve.

Par conséquent, en conclusion, quatre pays à problèmes sont aujourd'hui au cœur de la politique étrangère des Etats-Unis : nous n'avons ni la volonté ni la possibilité de les ignorer, mais nous n'avons pas non plus les moyens ou les alliés nécessaires pour provoquer un changement décisif. Il nous manque un atout majeur, une masse critique de gens partageant nos aspirations dans ces pays, qui se soulèveraient et prendraient la tête du mouvement. Ce qui, finalement, a fait basculer l'Irak de façon positive. En fait, je crains que nous ne nous enlisions dans des engagements en Afghanistan et au Pakistan sans débat national digne de ce nom en ce qui concerne les buts, les moyens et les issues. Une recette garantie si l'on veut que nos ennuis s'aggravent.

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