Le duo israélien de l'eurovision déjà critiqué!

Publié le par JSS

Sur le papier, le projet est émouvant. Deux Israéliennes, l’une juive et l’autre arabe, qui chantent ensemble la coexistence devant les 100 millions de téléspectateurs de l’Eurovision le 16 mai à Moscou. Achinoam Nini, plus connue en France sous son pseudonyme de Noa, et Mira Awad, une actrice et chanteuse arabe, ont pris ce risque. Pour la première fois, une Arabe israélienne va ainsi représenter Israël à cette grand-messe médiatique annuelle. Malheureusement pour ces deux jeunes femmes, cette initiative courageuse a été prise à contretemps. Au lieu de susciter l’harmonie, Mira Awad est attaquée de toute part au sein de sa communauté.

Les deux artistes ont joué de malchance. Le choix du duo a été annoncé au lendemain du lancement fin décembre de l’opération militaire israélienne dans la bande de Gaza, qui a creusé la fracture entre la population juive et les Arabes israéliens. Cette minorité qui regroupe 1,2 million d’habitants sur 7 millions s’est sentie solidaire des Palestiniens et révoltée par les centaines de victimes civiles alors que la majorité juive s’identifiait aux habitants des villes du sud du pays, cibles des roquettes palestiniennes. Circonstance aggravante, ce divorce s’est traduit par une percée électorale sans précédent du chef du parti d'Avigdor Lieberman, qui a fait campagne en traitant les Arabes d’Israël de « cinquième colonne ».

« Nous sommes tous pareils » Résultat : Mira Awad a été accusée ni plus ni moins de « cautionner la machine de propagande d’Israël pour dissimuler les crimes commis dans la bande de Gaza ». Noa a pour sa part eu droit à des manifestations de militants anti-israéliens lors d’un passage en Espagne. Une situation d’autant plus dure pour elle, qu’elle s’est toujours identifiée avec le « camp de la paix ». Dans un clip réalisé l’an dernier par les deux femmes, les couplets d’une chanson des Beatles étaient illustrés d’images d’attentats anti-israéliens puis de répression dans les territoires palestiniens et d’un commentaire « œcuménique » de Noa : « Nous sommes tous pareils, Mira avec sa peau blanche et ses yeux verts a l’air d’une Juive et moi d’une Arabe avec mon teint foncé et mes yeux bruns. »

Bref, les refrains sur la tolérance et les appels à reconnaître la souffrance de l’autre ont toutes chances d’être mieux entendus à l’étranger que chez les principaux intéressés.

Malka Markovich

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