Plaidoyer pour des mots justes

Publié le par JSS

Il est important de ne pas détourner les mots de leur exacte signification. J’ai vu ces derniers jours surgir de plus en plus souvent le mot « holocauste » ou « génocide »lors de commentaires ou de manifestations en relation avec le conflit  Hamas/Israël. Les mêmes mots ont été prononcés par Hugo Chavez au Venezuela ; il a cautionné leur utilisation et donc leur bien-fondé ; les manifestations de rues se chargeront de les disséminer et d’ancrer cette vérité dans la mémoire des gens. Trop tard pour récupérer cela, on pourra désormais parler de génocide à partir de mille ou deux mille morts.

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale les mots « holocauste » et « génocide » sont presque devenus synonymes et  désignent l’extermination planifiée de l’entièreté ou d’une large portion  d’un peuple.

L’utilisation de ces mots est de plus en plus fréquente car ils résonnent fort, choquent, révoltent, accusent et sont donc d’excellents outils de propagande.  On les utilise à tort et à travers dans des situations qui ne le justifient pas. Notamment dans le conflit israélo-palestinien.

Les mots sont puissants et il faut les utiliser avec précision : si un belge d’origine musulmane cambriole, armé, une bijouterie,  et que la presse parle de « terrorisme », c’est dangereux car toutes les dérives sont possibles. Il s’agit d’une attaque à main armée, point et rien d’autre.

Parler de « génocide » dans le cas du conflit israélo palestinien est un non-sens. Connaît-on beaucoup d’armées génocidaires qui invitent à évacuer des sites qui vont être bombardés ?   

Personne n’a planifié l’extermination des palestiniens. Il y a une guerre, des horreurs et des morts comme dans toutes les guerres. Ce n’est jamais glorieux mais cela en a toujours été ainsi. La différence  c’est qu’aujourd’hui le téléspectateur peut vivre une guerre heure par heure, et recevoir des images très dures, chez lui, assis dans un fauteuil et presque en temps réel. Il y a évidemment un côté insupportable à cela. .

Pour en revenir à ce dont je parlais en début d’article et illustrer mon propos  je ne prendrai que trois exemples, internes au monde musulman pour que les choses restent comparables (je n’aborderai pas ce qui se passe au Soudan ou dans d’autres pays et qui se traduit par des millions de morts sans que personne d’ailleurs ne descende dans la rue pour brandir le mot « holocauste »...). 

En septembre 1970 l’armée jordanienne entre dans les camps palestiniens. A cette époque l’OLP avait établi sa base arrière en Jordanie. Suite aux actes terroristes, aux détournements d’avions et aux tentatives palestiniennes pour déstabiliser le régime du roi Hussein 1ier , l’armée a reçu l’ordre de « nettoyer » les camps des feddayins. Les chars de l’armée jordanienne bombardent les camps palestiniens pendant dix jours. Tout est entièrement rasé et les palestiniens qui survivent se réfugient au Liban.

L’armée jordanienne dit avoir tué 3500 palestiniens ; les palestiniens estiment qu’il y a eut entre 10 000 et 20 000 morts et plus de 11 000 blessés.

Si l’on consulte à ce sujet un site belgo-marocain bien connu et établi à Bruxelles on découvre le commentaire suivant :

« 1970 : des affrontements opposeront l’armée jordanienne et les palestiniens en Jordanie sous la pression américaine ». Aucun commentaire. D’autres sources sont tout aussi muettes. Personne dans les rues pour crier au génocide. 

Si l’on considère le nombre de civils musulmans tués en Irak depuis seulement deux ans, il apparaît que : les attentats suicides commis durant l’année 2008 ont causés la mort d’environ 6700 personnes ; ceux commis en 2007, totalisent environ 17 100 morts.

Il s’agit de 23 000 (musulmans pour la plupart) morts en deux ans et dans un seul pays. Je ne parle pas des attentats au Pakistan, en Afghanistan, en Turquie, en Inde, en Arabie Saoudite, au Kuweit, au Cachemire, au Liban, au Yémen, etc…   

Ces morts musulmans sont le résultat de bombes humaines musulmanes. Des tueries barbares de  femmes, d’enfants, de bébés, de fidèles dans des mosquées, de patients dans des hôpitaux. Des morts voulus. Des bombes humaines améliorées de clous et de ferrailles pour faire intentionnellement  un maximum de victimes. Un total énorme. Personne dans les rues pour crier au génocide.

3° Le 15 avril 1987 dans la province de Sulaimania (villages de Haladin, Bargalo, Kanito, Awazic, Sirwan, Noljika,Chinara des gaz « expérimentaux » lancés par l’armée irakienne font  une centaine de morts. Le 16 avril cette « expérience » fut étendue à la province d’Arbil (villages de Sheikwasan, Totma, Zeni, Khati, Balalokawa,,Alana, Darash). Bilan : 300 morts dont 76 enfants de moins de 8 ans.

Les 286 rescapés de ce gazage tentèrent de se faire soigner dans les hôpitaux d’Arbil.

Ils furent tous massacrés et enterrés dans une fosse commune.

Le 16 mars 1988 les bombardiers irakiens larguent un déluge de bombes chimiques sur la petite ville de Halabja. En quelques heures environ 5000 civils kurdes, sans défense, meurent dans d’atroces souffrances.

Ce n’était pas fini : du 25 août au 15 septembre l’armée irakienne a attaqué les provinces kurdes situées le long de la frontière turque. A l’aide de gaz et de bombes tout a été détruit : 77 villages gazés et 478 villages réduits à l’état de ruines. Le 29 août  dans la localité de Baze Gorges, les troupes irakiennes, équipées de tenues et de masques anti-gaz ont tué à l’arme chimique 2980 civils qui ont tous été brûlés sur place.

Près de 8000 musulmans assassinés par des musulmans. Mais là encore,  personne dans les rues pour crier « holocauste » ou «  génocide ». Et pourtant, le but de Saddam Hussein était bien « d’en finir avec les Kurdes ». * 

Et pour terminer je ne puis m’empêcher d’évoquer les centaines de palestiniens tués par les milices du Hamas lors de leur mainmise sur la bande de Gaza. Personne en Europe ou ailleurs pour crier au génocide.

La conclusion semble s’imposer d’elle-même : pour une partie de l’opinion publique, quand des israéliens tuent des musulmans il s’agit d’holocauste (au moment où j’écris ceci il y a 700 palestiniens tués) ; quand des musulmans tuent des musulmans il s’agit d’ « attentat » ou d’ « affrontement ». Quand des musulmans tuent des israéliens il s’agit de résistance. Quand il s’agit d’un véritable génocide, on oublie parfois de le dire.

A force de ne pas mettre des mots précis sur les événements nous prenons le risque de ne plus nous comprendre et de créer un chaos très dangereux


*
Extrait des numéros spéciaux « Halabja et vents de la mort »,  bulletins d’information de l’Institut kurde,  mars et septembre 1988  

Article rédigé par Jacques Van Zand  (Bruxelles, Belgique)                                         

Publié dans Divers

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Aschkel 04/02/2009 17:59

effectivement.
Comme cet article de Legaret
http://alainlegaret.blogspot.com/2009/01/par-alain-legaret_27.html

enrico 04/02/2009 10:58

excellent !!!