Portrait de G. Mitchell, envoyé des E-U au P-O

Publié le par JSS

Barack Obama vient de propulser George Mitchell, émissaire spécial des Etats-Unis au Proche-Orient. Cet ancien sénateur du Maine, valeur sûre de la diplomatie américaine, s'était déjà illustré en Irlande du Nord, où un accord de paix a été signé en 1998. S'il peut susciter des inquiétudes en Israël ou dans les Territoires Disputés, ce fin négociateur a pour ordre de mission de privilégier la modération.
La nomination d'Hillary Clinton au département d'Etat pouvait inquiéter les nations arabes. Sa position, trop conciliante avec Israël, aurait pu entraver le dialogue avec les pays arabes (dixit Khadafi). Mais le choix de Barack Obama d'envoyer Goerge Mitchel au Proche-Orient devrait rassurer la communauté internationale. Cet ancien sénateur sera chargé des dossiers israélo-palestinien et israélo-syrien. Sa désignation est une demi-surprise: peu connu à l'étranger, George Mitchell reste une icône dans le monde diplomatique qui plébiscite sa gestion de la crise en Irlande du Nord.
Mitchell a en effet joué le rôle de colombe de la paix dans l'île anglo-saxonne, en 1998. Envoyé par Bill Clinton, l'ex-sénateur démocrate a réussi à réunir autour d'une même table les autorités irlandaises et anglaises, les catholiques et les anglicans, les représentants de l'IRA et les forces de l'ordre. Depuis ce jour, l'accord de paix signé à Belfast a permis d'éviter toute nouvelle flambée de violences en Irlande du Nord.
Grâce à ce succès, le politicien, sans cesse réélu de 1980 à 1995 dans l'état du Maine, a été plusieurs fois approché pour un haut poste dans les administrations fédérales. Al Gore, qui s'est présenté en 2000 contre George W. Bush, lui avait demandé d'être son colistier. Mitchell avait refusé poliment, préférant l'éventuel poste de Secrétaire d'Etat. Si les démocrates ont perdu l'élection, le diplomate n'est pas moins resté une personnalité politique de premier plan. Chaque fois que l'administration Bush commettait un faux pas en politique étrangère, il fustigeait dans les médias la gestion républicaine, "ignorante" selon lui, des affaires étrangères.
Au-delà de son aura diplomatique, Mitchell est resté très actif dans les couloirs du Parlement. A la tête d'un puissant think tank - un groupe de pensée qui influence l'exécutif ou les parlementaires américains au même titre que les lobbys -, il publie régulièrement des livres ou études pointant des carences législatives ou des problèmes de société. Il a ainsi suscité la polémique en publiant, en 2008, un rapport accablant sur l'usage du dopage dans le base-ball.
Fils d'une immigrante chrétienne libanaise, George Mitchell, 75 ans, pourrait susciter des inquiétudes à Jérusalem, même s'il s'est penché, début 2001, sur le conflit israélo-palestinien en enquêtant sur le déclenchement de la deuxième Intifada (le 29 septembre 2000). A l'époque, son rapport a mis sur un pied d'égalité les versions israélienne et palestinienne des affrontements. Le nouvel émissaire américain inspire également de la méfiance côté palestinien: son refus catégorique de traiter avec le Hamas, "illégitime" selon lui, pourrait aggraver les tensions entre le mouvement islamiste et le Fatah, qui dirige officiellement l'Autorité palestinienne.
Toutefois, en faisant confiance à ce négociateur hors pair, Barack Obama envoie un signal fort au Proche-Orient: la Maison blanche ne veut plus privilégier une "relation spéciale" avec Israël, comme aux temps de Bill Clinton ou George W. Bush. Le nouveau président américain n'a finalement pas opté pour Dennis Ross, membre de l'administration Clinton, ou Daniel Kurtzer, tous deux jugés trop proches des lobbys pro-israéliens. Au contraire, Barack Obama, qui a affirmé lundi soir sur la chaîne Al Arabiya être "ouvert au dialogue", semble adopter une position moins partisane que ses prédécesseurs.

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