Envoyés très spéciaux – Peut-on rire de tout ?

Publié le par JSS

Aujourd'hui (ndlr: article écrit mercredi dernier) est sorti le film comédie « Envoyés très spéciaux » où Gérard Jugnot et Gérard Lanvin incarnent de célèbres reporters au service d'une grande radio pour couvrir la guerre d'Irak. Mais les reportages sont bidons. Les deux compères vont même jusqu'à organiser leur propre prise d'otage… à Barbès. De quoi égratigner la corporation journalistique !

 Je ne manquerai pas d'aller voir ce film d'ici quelques jours. Le duo d'acteurs me laisse espérer qu'il s'agira d'un bon film divertissant, non dénué de messages basés sur la réalité. Pour en avoir un avant goût il suffit d'aller visiter le site officiel : 1euro-nosotages.org

 J'ai pu lire ou entendre ici et là une tentative de polémique au prétexte que rire des prises d'otages est malvenu. En posant cette question sur un sujet en effet délicat, je me questionne si le but réel n'est pas de détourner l'attention sur l'autre point du film, à savoir les reportages bidonnés ? Les journalistes ont déjà tellement de mal à supporter la critique mais si, de surcroît, le grand public venait à en savoir un peu trop sur les reportages truqués, où va-t-on ?

Le témoignage de Roger Auque est assez éclairant.

Notons en effet dans ce film la participation de Roger Auque, otage du Liban en 1987. Il est interviewé dans le magazine 'TV Grandes Chaînes' en cours (N° 125 du 10 au 23 janvier – page 93).

Le magazine pose la question de savoir si les grands reporters sont irréprochables ainsi que celle du bidonnage des reportages. Roger Auque confirme ! Il apporte des exemples et avoue avoir lui-même triché à ce jeu. Devant commenter en direct de Rome la bénédiction papale de Pâques, aux prises avec les yeux doux d'une italienne, à Florence, il se trouva fort dépourvu...  Il a donc commenté la cérémonie depuis son hôtel, en regardant la télé comme tout le monde.

Roger Auque parle d'un grand reporter radio célèbre sans le nommer. Cette célébrité parlait avec précision de la première guerre du Golfe laissant croire de sa présence à la frontière. Il était en réalité à hôtel

Roger Auque n'hésite pas à dire que certains journalistes inventent… De surcroît, il s'agit plus fréquemment des plus réputés qui, bénéficiant de leur image, en oublient les scrupules.

Pour RTL en 1985 au Liban, il suivait avec ses confrères la prise d'otage du vol de la TWA. L'un d'eux, travaillant pour une radio concurrente qu'il ne nomme pas, prétend voir les pirates sur le tarmac. Ce qui valu la colère du rédacteur en chef de RTL, Roger Auque n'ayant pas donné cette information. Il prouve que l'information était fausse. Caché avec un témoin photographe à 100 mètres de l'avion, Roger Auque a pu témoigner de ce mensonge à son rédacteur en chef.

Sans donner de détails, Roger Auque révèle que les journalistes de terrain se réunissent pour décerner le prix Esso. De quoi s'agit-il ? « On décerne le prix Esso, prix du meilleur bidon, du meilleur reportage truqué ». Le grand public est bien évidemment mis à l'écart de ce genre de cérémonie. On ne va quand même pas scier la branche sur laquelle on est assis…

En tant qu'ancien otage, Roger Auque donne son point de vue sur le film « Envoyés très spéciaux » qui épingle également la mobilisation des français pour la libération des otages. « Je sais que la mobilisation est une assurance vie pour les kidnappés ». Pour autant, il se sent mal à l'aise avec la sacralisation et laisse volontiers penser que celles de Florence Aubenas et Ingrid Betancourt étaient excessives. « Les otages ne doivent pas devenir les nouveaux héros », dit-il.

Quid de Gilad Shalit ? Il n'est pas journaliste, ne fait pas de politique, il n'est pas médiatique. Il n'est que français, un simple français. Plus grave, il franco-israélien

En encart de l'interviewe de « TV Grandes Chaînes » Florence Aubenas s'interroge : « Le journalisme ridiculisé ? Pourquoi pas ». Est-elle gênée ou approuve-t-elle ? Comme si elle ne souhaitait pas répondre à la question elle esquive : « J'espère que ce film sera aussi percutant que Le Père Noël est une ordure ».

Son titre original était « Le Père Noël s'est tiré une balle dans le cul », mais il fut modifié pour raisons de censure. Malgré tout, la RATP et la Mairie de Paris refusèrent d'accueillir la campagne d'affichage du film, jugée politiquement incorrecte. Ce qui n'empêcha pas le film d'être un succès populaire. Sa sortie date de 1982. Il fait régulièrement l'audience des fins d'années sur les écrans télés.

Espérons que « Envoyés très spéciaux » sera de la même trempe. La censure n'est pas à craindre. Ce qui est à craindre, c'est l'autocensure des égratignés.

Cet article à été rédigé par Bruno Nicolas, un lecteur du blog JSS. Je l'en remercie chaudement et espère avoir la chance de recevoir d'autres articles écrits par les lecteurs. Une fois de plus, merci à vous Bruno Nicolas !

Publié dans Divers

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Commenter cet article

sazerty 26/01/2009 00:35

quelqu'un a vu le film ?
qu'est ce que ça donne ?